Principauté de Liechtenstein : Vingt ans d’espace économique européen (EEE)

Bloc notes 25-05-2015 Bénédict De Tscharner
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C’est en mai 1995, il y vingt ans très exactement, que notre voisin, la Principauté de Liechtenstein, adhéra formellement à l’Espace économique européen (EEE). En effet, le 13 décembre 1992, autrement dit, une semaine seulement après que les citoyens suisses avaient rejeté le Traité de Porto sur l’EEE, le peuple de la Principauté approuva, lui, ce pas. L’entrée en vigueur du nouveau régime fut retardée en raison de l’adaptation du Traité rendue nécessaire par le refus de la Suisse ; le peuple de la Principauté a finalement approuvé cette nouvelle teneur lors d’un second vote, le 9 avril 1995.

Qu’est-ce que l’EEE a apporté à la Principauté ? Lors de la récente cérémonie d’anniversaire tenue à Vaduz, le chef du gouvernement princier, Adrian Hasler, a affirmé que ce nouveau statut a clairement permis à son pays de se développer d’une façon encore plus marquée. En tout cas, 85 % des Liechtensteinois, paraît-il, continuent à approuver ce statut, même si la complexité de la réglementation européenne peut, parfois, paraître particulièrement difficile à gérer pour ce petit pays de 160 km2 et d’un peu plus de 35’000 habitants ; en outre, la nécessité évidente, pour les trois pays de l’EEE que sont la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein, de « parler d’une seule voix » à Bruxelles n’est pas toujours sans poser quelques perplexités. En revanche, l’absence de la Suisse au sein de l’EEE a incontestablement rendu la Principauté encore plus attrayante en tant que place d’investisse¬ment ou siège pour certaines entreprises intéressées à avoir au moins un pied à l’intérieur du marché européen.

Avec un petit clin d’œil en direction du grand voisin helvétique, il a aussi été remarqué que l’absence, au Liechtenstein, de toute ambition d’adhérer à l’Union européenne, a pu faciliter, à l’époque, l’acceptation de l’EEE dans la population et auprès des milieux économiques. La place financière liechtensteinoise, en tous cas, tout comme son impressionnante cohorte d’avocats d’affaires semblent avoir globalement profité de l’EEE, même si beaucoup d’ajustements ont été nécessaires, y compris sur le plan fiscal.

Somme toute, comme l’ont remarqué plusieurs orateurs, la souveraineté et la visibilité de la Principauté sont sorties renforcées par cette appartenance. La « voie bilatérale » et, avec elle, le retour dans l’ombre de la Suisse, ne semble pas avoir beaucoup d’adep¬tes chez nos voisins.
On doit, dans ce contexte, retenir que le statut européen des « micro-Etats » que sont San Marino et Monaco, qui ont à peu près le même nombre d’habitants, ainsi que d’Andorre, qui en a un peu plus du double, s’annonce, institutionnellement parlant, comme moins favorable que celui du Liechtenstein en tant que membre de l’EEE.

Enfin, quant à la question de savoir si, un jour, la « formule EEE » pourrait à nouveau offrir, à la Suisse, une voie répondant à ses besoins d’intégration, elle est complexe ; il serait en tout cas trop simple de penser que le cas du Liechtenstein puisse nous servir de modèle, ni globalement, ni sur des points précis. Malgré la proximité et l’amitié qui lient nos deux pays, leurs situations paraissent trop différentes.

Photo : © Dennis Jarvis

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