La Suisse est-elle schizophrène ?

Presse 18-08-2014 Le Temps
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Article de Jean Zwahlen pour le journal « Le Temps ».

La Suisse, petit pays densément peuplé, sans ressources naturelles, a toujours dû commercer avec l’étranger. Il n’est donc pas étonnant qu’elle soit plus globalisée et qu’elle n’éprouve pas les mêmes inhibitions que beaucoup de ses voisins à propos de la mondialisation.

Et pourtant, en raison de son poids relatif et de son déclassement géostratégique à la suite de la chute du mur de Berlin, la Suisse n’occupe plus la même position internationale.

Elle n’est plus invitée, ni admise dans les nouvelles enceintes mondiales ouvertes aux grandes puissances et blocs continentaux, voire aux pays dont l’importance géostratégique a crû.

Indéniablement, ces évolutions ont marginalisé et fragilisé la Suisse.

La Suisse et l’Union européenne

Notre imbrication à l’UE est telle que nous en sommes un membre de facto, sans pouvoir toutefois participer à l’élaboration et à l’évolution du droit communautaire duquel découlent pourtant beaucoup de décisions qui nous touchent directement. Or, comme nous ne voulons pas envisager l’hypothèse d’une adhésion, même à terme, tout en voulant continuer à nous imbriquer encore davantage à l’UE, il y a vassalisation schizophrénique.

Étant toujours plus happés par la dynamique communautaire à cause de la multiplication des accords que nous concluons ou désirons encore conclure avec l’UE, nous devrions logiquement faire ressortir les bénéfices que nous procure cette intégration, sinon à quoi bon vouloir poursuivre cette politique !

N’y a-t-il pas là des ingrédients de schizophrénie ?

La Suisse dans le monde

À cause de la nouvelle configuration institutionnelle mondiale qui se substitue progressivement au multilatéralisme d’après-guerre, la Suisse a perdu des atouts qui lui avaient valu après la guerre une place enviable sur la scène internationale.

Davantage marginalisée et isolée, la Suisse est ainsi devenue une proie convoitée par des prédateurs qui se sentent beaucoup plus libres d’assouvir leurs appétits que les règles du droit sont moins respectées et que nous nous défendons mal.

C’est ce qui nous a valu de devoir céder un peu de temps, sans négociation et sans contre-prestation, sur :

Le secret bancaire

  • l’échange automatique d’informations
  • la livraison des noms de clients des banques ainsi que les noms des responsables de leurs comptes bancaires.

De plus, la liste des pressions est loin d’être close. Sont en jeu :

  • notre système fiscal
  • les forfaits fiscaux
  • les régimes d’imposition cantonaux
  • les holdings
  • les sociétés de service
  • les sociétés de négoce
  • les multinationales.

C’est à dire des joyaux de notre prospérité.

Réalise-t-on ce que cela signifie pour l’emploi et les rentrées fiscales ?

Réalise-t-on aussi les efforts déployés par nos concurrents pour attirer et héberger, à des conditions plus favorables que les nôtres, les personnes et sociétés qu’on avait courtisées ?

Un seul exemple : l’octroi de passeports européens contre investissements, comme le pratiquent notamment Malte, Chypre, le Portugal et l’Espagne.

N’est-ce pas schizophrénique ?

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