De combien d’Europe la Suisse a-t-elle besoin ?

Bloc notes 01-07-2015 Eric Kistler
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Une interrogation persistante, deux approches complémentaires : un ouvrage sur les relations Suisse-Europe ; un plaidoyer pour les bilatérales….

C’est pour l’essentiel à un cheminement rétrospectif de l’intégration européenne depuis la Seconde Guerre mondiale que Bénédict de Tscharner invite dans un ouvrage publié fin juin sous le titre

Basler Europa-Brevier
Wie viel Europa braucht die Schweiz ?
Wie viel Regio braucht Basel ?

Ancien ambassadeur de Suisse, acteur et témoin de ce processus, l’auteur procède, dans un manuel factuel et pratique, à un survol des traités et des institutions de l’Union européenne. Il dresse également un catalogue des négociations et accords conclus par la Suisse avec l’UE. Mais il illustre aussi son propos par des mini-portraits des principaux négociateurs suisses ayant conduit à la signature de quelque 120 accords bilatéraux. Il complète son étude par une présentation de la coopération régionale transfrontalière Regio Basiliensis, qui a inspiré cette démarche.

La lecture de ce vaste panorama, articulé sous forme de bréviaire, impose une évidence. A savoir que la réponse est dans la question : l’Europe est en effet indispensable pour la Suisse. (N’existant à ce stade qu’en allemand, ce manuel peut être commandé sur le site www.beub.ch, FR. 15.- + port).

Jusqu’ici, cette appréciation suscitait pour le moins l’indifférence de l’opinion publique tandis que les partis se gardaient bien d’alimenter la discussion. Le même embarras frappait les milieux économiques de mutisme. Les lignes sont-elles en train de bouger ? Swissmem, association représentative de l’industrie suisse des machines, vient en tous cas de se démarquer des autres grandes organisations professionnelles. Elle a placé sa « Journée de l’industrie », le 25 juin dernier à Berne, sous le signe de la voie bilatérale. Et de se demander « de combien d’Union européenne la Suisse a-t-elle besoin pour rester compétitive à l’avenir » ?

Dans un exposé très détaillé n’éludant aucun sujet qui fâche, son président, M. Hans Hess, met en regard des faits, par exemple : les l65.000 emplois très qualifiés du secteur, lequel exporte 60% de sa production vers l’UE, et les préoccupations les plus répandues, telles la libre circulation, l’immigration, l’importance de la population étrangère dans le tissu économique et social suisse. Et de remarquer toutefois que « finalement, on a beau tourner et retourner les choses dans tous les sens, les relations avec l’Europe sont déterminantes pour la Suisse et l’industrie MEM ».

Cette option ne répond pas à un choix doctrinaire mais se fonde sur une analyse sans concession des intérêts nationaux et corporatistes. Elle implique toutefois une double exclusion : celle de l’adhésion, en dépit du prix élevé de l’indépendance politique et de l’attachement à la monnaie, et celle de l’isolement.

Dans ce contexte, la défense de la voie bilatérale paraît à première vue relever de la quadrature du cercle. La recherche d’un équilibre entre ces deux extrêmes, et surtout d’une issue satisfaisante, ne rebute pas Swissmem. Elle rappelle qu’au printemps 2014, elle avait déjà émis la suggestion d’une « clause de sauvegarde ». Même adoucie en ce sens qu’elle ne remet pas en cause le principe de la libre circulation, et reprise depuis par d’autres, cette formule ne rencontre pas plus d’écho aujourd’hui qu’à l’origine. Mais à l’inverse, s’esquisse le spectre des contingents, de la préférence nationale, des restrictions touchant l’embauche de frontaliers et, le cas échéant, l’abandon des accords bilatéraux.

Swissmem s’inquiète de perdre les avantages liés à ces accords, ainsi que la capacité d’innovation qu’elle en a retirée ; elle déplore qu’elle en soit déjà réduite à occuper un strapontin dans le programme d’encouragement « Horizon 2020 ».

En plaidant pour le bilatéralisme, « il ne s’agit pas moins, conclut Swissmem, que de l’avenir de la place industrielle suisse ».

Eric Kistler

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