Cohabitons intelligemment avec l’Union européenne

Presse 17-12-2014 Le Temps
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Article de Jean Zwahlen pour le journal « Le Temps ».

L’UE est généralement mal perçue en Suisse. Pourtant la communauté européenne fonctionne, et nous avons plus que jamais besoin d’elle, plaide Jean Zwahlen, ancien membre du directoire de la BNS et ambassadeur

Cohabitons intelligemment avec l’Union européenne

Par essence, la Suisse est européenne, que ce soit par sa position géographique, son histoire, ses valeurs, sa culture et ses langues.

La Suisse a bénéficié et bénéficie encore de la construction européenne de l’après-guerre. Elle profite de la paix sur notre continent. Elle tire avantage des ­développements et approfondissements de l’intégration économique et monétaire de l’UE. Les obstacles aux échanges se sont aplanis. Elle ne subit plus le contrecoup des dévaluations monétaires de ses voisins. La fixation d’un cours plancher du franc par rapport à l’euro préserve son économie des fluctuations et de l’appréciation de sa monnaie.

Bref, le grand marché intégré de l’UE lui est avantageux à tous points de vue.

L’Europe communautaire évolue. Elle s’est élargie à 28. Les champs de coopération se sont multipliés et approfondis. Dans le même temps, la Suisse a perdu des atouts. L’adhésion du Royaume-Uni à l’UE a mis à mal l’AELE. En outre, en 1995, trois pays neutres de l’AELE – l’Autriche, la Finlande et la Suède – sont devenus membres de l’UE. Enfin, l’édifice multilatéral mis en place après la guerre, dans lequel la Suisse jouissait d’une place enviable, se distend.

Bref, la Suisse est plus isolée, même quelque peu marginalisée.

La Suisse s’est progressivement intégrée à l’UE. Plus de 200 accords bilatéraux la lient à elle. Par osmose, avec l’évolution de cette dernière, la nature de la coopération de la Suisse s’est élargie et approfondie. Elle dépasse maintenant largement le cadre économique et commercial des premiers accords: recherche (Galileo, Egnos), assurances, coordination du traitement des procédures d’asile (Schengen/Dublin), participation à l’Agence européenne sur l’environnement, participation au programme de soutien au cinéma (Média), harmonisation des données statistiques, participation aux programmes en matière d’éducation, de formation professionnelle et de jeunesse, etc.

Bref, la Suisse est aujourd’hui plus intégrée à l’UE que plusieurs de ses pays membres.

Même si la Suisse est davantage mondialisée que la plupart des pays européens, l’ancrage de ses relations reste en Europe. L’UE représente près de 60% des exportations suisses et 80% de ses importations. Les échanges avec le Bade-Wurtemberg sont deux fois plus importants que ceux avec la Chine. Le commerce de la Suisse avec l’Allemagne est cinq fois plus important qu’avec la Chine. Quant au commerce suisse avec l’Italie, il équivaut à celui de la Suisse avec les Etats-Unis.

Face à ces faits, la ligne politique que la Suisse se doit de poursuivre dans ses relations avec l’UE ne peut qu’être animée par une volonté de dialogue, d’ouverture et de coopération. D’ailleurs, la réciproque est vraie. L’UE a aussi toujours privilégié des relations de bon voisinage avec la Suisse et lui a souvent consenti des avantages que certains de ses membres envient à la Suisse.

Dans ces circonstances, pourquoi certains s’emploient-ils en Suisse à diaboliser et fustiger l’UE? Cela d’autant plus que, jusqu’à présent, tout ou presque tout a pu être résolu par voie de négociation.

Voyons le problème de l’immigration. Il est aigu en Suisse mais il l’est aussi pour d’autres motifs dans nombre de pays de l’UE. Dès lors, n’aurait-il pas été préférable d’essayer d’en négocier au moins certains aspects avec l’UE plutôt que d’essayer de le résoudre en vase clos, en opposition à l’UE? Seule, la Suisse n’en viendra pas à bout.

De même, pour la Convention européenne des droits de l’homme. Ses principes sont incontestés mais son application révèle des lacunes. La Suisse n’est pas seule à les relever. Dès lors, pourquoi vouloir dénoncer cette convention, au grand dam de nos partenaires, sans avoir tenté au préalable d’en modifier certains aspects? Si la Suisse en prenait l’initiative, elle trouverait des alliés, ferait œuvre utile et éviterait de se mettre au ban des nations.

Bref, les domaines dans lesquels les Etats peuvent encore agir souverainement se contractent avec la globalisation. La Suisse en fait l’expérience. Plutôt que de se replier illusoirement sur le pré carré national, elle ferait mieux de continuer à rester ouverte au monde, comme cela a toujours été la clé de son succès au cours de son histoire. Et comme l’UE restera, longtemps encore, notre principal partenaire, nous avons tout intérêt à soigner avec elle un dialogue consensuel.

Pour conclure: en Suisse, la perception de l’UE est plutôt négative et réductrice. On s’appesantit sur ses faiblesses, ses échecs et l’incomplétude de sa construction. Ce faisant, on occulte ses réussites – généralement par manque de connaissance – et surtout les efforts considérables qui sont déployés pour réaliser des consensus à 28 sur des sujets techniquement complexes et politiquement sensibles, mais inéluctables pour parachever sa construction.

C’est pourquoi j’espère que les citoyens civiquement responsables s’emploieront à mieux relayer dans nos médias et l’opinion publique une vue plus objective de l’UE en communiquant ce qu’elle est, ce qu’elle fait et envisage de faire, sans occulter pour autant ses faiblesses et atermoiements.

Une connaissance plus objective de l’UE, j’en suis persuadé, ne peut qu’améliorer le climat des relations Suisse-UE, et les résultats des négociations qui les jalonneront.

Ancien membre du directoire de la BNS et ambassadeur, Jean Zwahlen est membre fondateur de La Suisse en Europe (www.CH-in-Europa.ch)

En Suisse, la perception de l’UE est plutôt négative et réductrice. On occulte ses réussites

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