12 septembre 1848

Presse 09-09-2015 L'Hebdo
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Article de René Jost pour le journal « L’Hebdo ».

Ce jour-là, la première Constitution fédérale a été mise en vigueur, créant ainsi notre État fédéral démocratique moderne avec ses 22 cantons dans quatre régions linguistiques. Elle est à la base du développement réussi de notre État au fil des 167 années qui se sont écoulées depuis le 12 septembre 1848.

Partout en Europe, la première moitié du XIXe siècle fut très agitée, y compris en Suisse où les sept cantons catholiques d’Uri, Schwyz, Ob- et Nidwald, Lucerne, Zoug, Fribourg et Valais se sont violemment opposés à la création d’un État fédéral voulue par les Radicaux, qui se sont finalement imposés après la courte guerre civile du Sonderbund de 1847.

La trahison du Sonderbund en général et des Waldstaetten en particulier

Au début du XIXe siècle, Napoléon Ie a dicté aux Confédérés la configuration de notre pays en imposant en 1803 les pays d’Argovie, St-Gall, Thurgovie, Grisons, Vaud et Tessin comme nouveaux cantons à part entière. Cette constellation fut confirmée par le Congrès de Vienne de 1815, sans que les émissaires suisses dépêchés à Vienne, aient eu grandchose à dire. Ce congrès a ajouté les cantons de Genève, Neuchâtel et Valais en créant ainsi la Suisse des 22 cantons, telle qu’elle existe toujours. L’entrée dans la Confédération du 23e canton du Jura en 1979 n’a pas modifié le territoire de la Suisse.

Au XIXe siècle, la perspective de la création d’un seul pays démocratique au milieu de monarchies irritait profondément les deux plus puissantes d’entre elles, à savoir l’Autriche et la France. Déclaration musclée du ministre Guizot à la Chambre des députés, en 1847, à Paris: «Au nom de quelles idées veut-on aujourd’hui changer la Constitution de la Suisse? Au nom des idées radicales, des plus passionnément, exclusivement radicales… Partout où elles ont dominé une société, les idées radicales ont amené sa ruine et sa honte. On les représente aujourd’hui comme une découverte de notre temps, comme un grand progrès vers lequel toute l’Europe marche. Ce sont de vieilles et honteuses idées… Nous avons donc bien raison, dans l’intérêt de la Suisse comme dans notre propre intérêt, de repousser ces idées, de recommander qu’on les repousse et qu’on s’en défende.»

L’opposition de l’Autriche à l’émergence d’une démocratie au milieu de monarchies n’était pas moins virulente. Metternich avait promis aux responsables du Sonderbund de l’aide militaire pour empêcher la création de notre État démocratique.

Les chancelleries européennes partageaient cet avis, ce qui a passablement renforcé l’alliance séparatiste. Cela a incité de Lucernois Siegwart-Muller, fondateur et animateur politique du Sonderbund d’écrire dans son journal «Les douze cantons et deux demi-cantons s’imaginent canonner la Suisse catholique sans qu’on l’entende en France et en Autriche!»

Sous l’influence de Siegwart-Muller, le Conseil de guerre du Sonderbund a commis une abominable trahison, puisqu’il décida de marcher contre le Tessin en ouvrant les hostilités le 3 novembre 1847 au col du Gothard. L’objectif était de renverser les radicaux au Tessin et de favoriser le ravitaillement en vivres et armes acheminés par l’Italie du Nord autrichienne. Après quelques succès initiaux, l’armée du Sonderbund s’embourba près de Biasca.

La révolution grondait autant en Autriche qu’en France et cela avait pour conséquence que ces deux grandes puissances de l’époque ne pouvaient pas se permettre d’attaquer notre pays. D’autre part, pour assurer leur propre sécurité, elles avaient besoin d’être séparées par le pays tampon qu’était la Suisse.

Si les cantons du Sonderbund en général et les Waldstaetten en particulier avaient réussi à empêcher la création de notre État fédéral moderne grâce à l’appui d’une intervention militaire par des armées étrangères sur notre sol, la Suisse n’existerait probablement plus. L’indépendance du pays n’était d’ailleurs pas l’objectif des cantons du Sonderbund, mais ils voulaient maintenir les valeurs idéologiques de l’Europe catholique défendues par la France et l’Autriche.

Précisons que les cantons des Waldstaetten Uri, Schwyz, Nid- et Obwald, n’ont jamais approuvé la Constitution fédérale, ni la première de 1848, ni les révisions de 1872 et 1874 et même pas celle de 1999.

L’État fédéral de 1848 a rendu l’indépendance à la Suisse

Dès 1815, l’’objectif des forces libérales était la création d’un État fédéral. Elles ont préparé le terrain dans les cantons. Jusqu’en 1831 Zurich, Berne, Lucerne, Fribourg, Soleure, St-Gall, Argovie, Thurgovie, Vaud et un peu plus tard Bâle-Campagne et Glaris se sont donné des Constitutions libérales.

Malgré la farouche opposition du Sonderbund sur le plan interne et les énormes pressions exercées et menaces proférées par les monarchies européennes en général et des grandes puissances Autriche et France en particulier, les forces libérales ne se sont pas laissé intimider et elles ont préparé la votation populaire qui a eu lieu durant la première moitié de 1848. Dans 14 cantons et deux demi cantons, la Constitution fédérale a été acceptée par 72.8% ou 145’584 oui contre 54’320 non. En outre, elle fut acceptée par 15 cantons et un demi-canton contre 6 cantons et un demi-canton. Même si les conditions, dans lesquelles de cette première votation fédérale s’est déroulée, ne correspondaient pas encore au standard auquel nous sommes habitués, il n’en demeure pas moins que la première Constitution a été acceptée avec une confortable majorité des citoyens et des cantons.

Le 12 septembre 1848, la Diète fut dissoute et la première Constitution fédérale mise en vigueur, créant la Confédération suisse que nous connaissons aujourd’hui.

Même si l’ingérence de Napoléon Ier dans les affaires des Confédérés, notamment en leur imposant en 1803 d’accepter six nouveaux cantons, s’est finalement avérée bénéfique pour notre pays, il n’en demeure pas moins que c’est un souverain étranger qui lui a dicté ce qu’il avait à faire après la chute de l’ancienne Confédération. Ensuite, c’est le Congrès de Vienne qui a en grande partie dicté aux cantons suisses qui étaient terriblement divisés, les conditions à respecter.

Du fait que l’Autriche et la France ont continué à se mêler de nos affaires, notamment en s’opposant violemment à la création de notre État fédéral démocratique, la courageuse décision prise par la majorité des citoyens suisses de ne pas respecter les injonctions venues de Paris et de Vienne a rendu l’indépendance et la dignité à la nouvelle Confédération suisse, née le 12 septembre 1848.

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